Les avortements d’origine infectieuse représentent une pathologie des plus importantes pour les élevages des petits ruminants en Tunisie. Ils sont responsables de pertes économiques dans les troupeaux laitiers ou à viandes. Plusieurs germes présentant des cycles épidémiologiques et pathologiques similaires peuvent en être responsables. L’établissement de mesures prophylactiques efficaces est néanmoins, tributaire des études séro-épidémiologiques.
Mon premier objectif était donc d’évaluer la prévalence des principales maladies abortives en Tunisie : Chlamydiose, Brucellose, Salmonellose, Fièvre Q, Toxoplasmose et Border Disease. Cette enquête a nécessité la coordination entre plusieurs intervenants (vétérinaires, éleveurs, techniciens, …), des moyens logistiques (élevages situés jusqu'à 500 km du laboratoire centrale) et une maîtrise des différentes techniques de diagnostic sérologique (Fixation du complément, séroagglutination et ELISA). Les résultats obtenus ont démontré la forte prévalence sérologique de maladies abortives qui ne font pas l’objet d’un diagnostic de routine, notamment la Toxoplasmose et la Salmonellose et ont souligné la multiplicité des infections abortives au sein d’un même troupeau. Ce travail a démontré également l’importance de la chlamydiose abortive comme une des causes principales d’avortements. Cette pathologie a constitué le second objectif de notre travail, en particulier en ce qui concerne l’isolement et la caractérisation moléculaire de souches locales, les tests de diagnostic et les mesures de prophylaxies.
La chlamydiose abortive est une maladie contagieuse due à Chlamydophila abortus (anciennement appelée Chlamydia psittaci sérotype 1), elle est caractérisée principalement par les avortements enzootiques en fin de gestation ou la mise bas de produits chétifs et difficiles à élever. L’isolement de souches de Chlamydophila a nécessité le contrôle de plusieurs paramètres (moment, conditions de transport et du prélèvement), il m’a permis de me familiarisé également avec les techniques de biologie cellulaire (entretien de lignée, culture cellulaire, plages de lyses).
Huit souches de Chlamydophila ont été isolées, les travaux de caractérisation m’ont permis de maîtriser certaines techniques de caractérisation moléculaire [PCR, étude de profils de restriction, Amplified fragment Length Polymorphismn (AFLP), Infrequent Restriction Sites (IRS)] et antigéniques (immunofluorescence).
Sept souches appartenaient à l’espèce C. abortus et une à l’espèce C. pecorum d’après leur réponse antigénique en MIF et le profil de digestion de l’espace intergénique 16S-23S par PCR-RFLP. Par la suite, la prospection plus précise du génome a été entreprise pour établir les relations phylogénétiques entre les souches françaises et tunisiennes et éventuellement mettre en évidence des marqueurs épidémiologiques.
Pour le diagnostic de la chlamydiose abortive, la recherche des anticorps par le test de fixation du complément (FC) reste la méthode recommandée par l’Office International d’Epizootie (OIE). Cependant, ce test présente de nombreux inconvénients. Un kit d’ELISA utilisant un antigène recombinant spécifique de C. abortus (ELISA-r) a été développé en collaboration entre l’INRA (Tours, France) et l’Institut Pourquier (Monpellier, France). L’étude comparative entre l’ELISA-r et la FC dans le contexte tunisien surdes sérums collectés dans des troupeaux ayant eu des problèmes d’avortements, a montré la sensibilité ainsi que la précocité du nouveau test. Ce dernier devrait permettre plus rapide des troupeaux infectés.
Le diagnostic sérologique permet seulement de montrer que l’animal a été en contact avec l’agent pathogène sans dire si l’infection est active ou non. Seul un diagnostic direct par bactérioscopie, par la recherche d’antigène par ELISA ou par la mise en évidence de l’ADN bactérien (par PCR) permettrait de mettre en évidence la présence ou l’absence du germe. Au cours de ma thèse j’ai constaté la fréquence des multinfections au sein de même troupeau voir le même animal, pour cela j’ai contribué dans la mise au point une PCR-multiplex permettant de détecter dans une même réaction 3 agents abortifs potentiels : Chlamydophila abortus, Chlamydophila pecorum et Coxiella burnetii. En effet, les chlamydia et les coxielles ne présentent pas de signes cliniques spécifiques hormis les avortements tardifs. Cette technique très sensible et hautement spécifique permettrait un diagnostic plus sensible rapide assurant par conséquent un déploiement efficace des moyens de prophylaxie sanitaire et médicale. La PCR-multiplex a fait l’objet d’une licence d’exploitation entre l’INRA et la société LSI (Laboratoire et Services Internationales, Lyon)
Un vaccin vivant, constitué d’un mutant thermosensible obtenu après mutagenèse d’une souche abortive virulente Chlamydophila abortus AB7, a été mis au point à l’INRA. Il permet de prévenir les avortements et l’excrétion de chlamydia à la mise bas. Il n’est pas encore commercialisé en Tunisie. Les souches tunisiennes ne présentant pas de différence antigénique avec les autres souches de C abortus. Le vaccin 1B devrait pouvoir être utilisé efficacement en Tunisie, comme l’ont indiqué les résultats de l’étude de la protection de la souris gestante par le vaccin 1B. Cette étude a été l’occasion de se familiariser avec l’expérimentation animale (modèle murin). Par ailleurs, j’ai pu démontrer que l’association du vaccin vivant 1B avec un vaccin tué anti-Coxiella burnetii n’influe pas sur la valence chlamydia, ce qui souligne la possibilité intéressante d’associer les moyens de prophylaxies permettant ainsi de limiter les pertes.
L’isolement de 4 souches de C pecorum à partir de prélèvements collectés chez des animaux ayant avorté (2 isolées en Tunisie, 1 au Maroc et 1 en France), soulève la question du rôle éventuel des C pecorum dans les avortements chez les petits ruminants, notamment dans les conditions d’élevage et de parasitisme dans les pays du Maghreb. Par ailleurs, l’efficacité du vaccin n’ayant jamais été étudiée vis à vis de C. pecorum. Il nous a paru important de vérifier cette efficacité pour éviter tout risque d’échec de vaccination. Pour cela, deux souches de C pecorum isolées à partir de cas d’avortement caprin au Maroc (M14) et ovin en France (AB10) ont été sélectionnées. Les souches de C pecorum ne provoquent pas beaucoup d’avortement chez la souris gestante contrairement aux souches de C abortus. Nous avons alors utilisé un modèle murin plus sensible que le modèle d’avortement, en dénombrant les chlamydia par la technique des plages de lyse cinq jours après l’épreuve virulente dans les rates de souris gravides ou non ainsi que dans les placentas et fœtus des souris gravides. Ce travail a démontré l’efficacité du vaccin 1B vis-à-vis des souches de C pecorum.